Le pire moment de la vie (presque sans exagération)

J'aime ma job.
Vraiment, vraiment, vraiment, vraiment beaucoup.
Et là, je ne parle pas de ma job «side line» où je me fais éternuer dessus par des enfants et où je fais du couscous avec eux (et ils trouvent ça dégueulasse parce que les seuls légumes qu'on a c'est des oignons crus pis des tomates en canne) ou tout autre activité pour laquelle je suis moyennement qualifié (magie, gardiens avertis, science, scrapbooking, multi-sport, hip hop, et ainsi de suite).
Non. Cette job-là, je l'aime correct.

Mais ma «vraie» job, je l'aime d'amour.
J'aime ça écrire, aller dans les bars, parler devant du monde, rencontrer ce monde-là (qu'ils soient gentil ou juste weird), raconter des blagues, faire rire des inconnus (et en bonus faire rire mes collègues), chiller dans les loges (quand il y en a), être nerveuse avant de monter sur scène, revenir souriante (ou pas) pour le salue, jouer devant des salles pleines (pleines de monde ou pleines de chaises vides), réécrire un texte, rajouter des gags, me faire rire toute seule devant mon ordi, apprendre mes textes en me brossant les dents (ou tout autre activité de la vie quotidienne)...
BREF, j'aime ça.

Mais il y a un petit moment que je n'aime pas.
Que je déteste.
Que j'haïs avec force et ponctualité (peu importe ce que ça veut dire).

Je viens d'écrire un texte (j'ai aimé ça)
Je me suis fait rire en l'écrivant (soit parce que c'était drôle, soit parce que mon chat a fait une cascade digne de drôle de vidéo et que je ne suis pas très mature, peu importe! J'ai ri en l'écrivant)
Je l'ai appris et répéter toute seule dans ma cuisine, avec pour seule spectateur un écureuil qui est en train de manger la citrouille que j'ai mis dehors pour l'Halloween (cet écureuil veut clairement la guerre, mais c'est une autre histoire).
Mon nouveau texte est prêt à être testé devant du monde.

Et voici le pire moment de la vie, le pire moment que j'haïs le plus du monde entier, sans exagération aucune.
LE moment qui me fait dire «Mais pourquoi j'ai pas fini mon bac en enseignement?» (une des raisons principales étant que je préférais jouer à la tag avec mes élèves plutôt que de leur apprendre à compter, mais ça aussi, c'est une autre histoire)

Il faut que je casse mon texte.
J'HAIS ÇA!
Le jouer pour la toute première fois, devant du monde, est la chose que j'haïs le plus du monde entier.

Parce que tu n'as pas de références.
Tu peux pas te dire «Si jamais ce gag-là ne fonctionne pas, c'est pas grave, JE SAIS que le prochain rentre pas mal tout le temps». Tu ne peux pas te dire ça parce que tu ne le SAIS PAS. T'as pas de point de repère, t'as pas de référence, t'as pas d'assurance.
Évidemment, la logique voudrait que tu te dise: «J'ai écrit ce texte, il me fait rire, c'est ça l'important.Toute personne que je ferais rire avec ce texte, c'est juste un bonus. Et si ça me fait rire, y'a des bonnes chances que ça fasse rire les autres aussi! J'ai déjà fait rire du monde dans ma vie, pourquoi ça ne serait pas le cas ce soir?»

Mais est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui a de la logique? (J'en ai des fois, mais je n'y fais pas vraiment confiance)
Ce que je me dis c'est: «Je suis tellement nerveuse! Pourquoi j'ai voulu casser ce texte-là? J'en plein d'autres textes qui sont sans doute meilleur que celui-là. Pourquoi j'ai choisi LUI? Je ne suis pas certaine qu'il est bon...est-ce qu'il est drôle? Je ne m'en souviens plus, mais je pense pas...est-ce que j'ai le temps d'apprendre un nouveau texte avant que l'animateur me présente? Je n'aurais pas de rires, c'est clair. Peut-être même que je vais me faire huer? Que les gens vont partir? Qu'ils vont me lancer leurs restants de bière? J'aurais pas dû mettre ce chandail-là, il est neuf! Est-ce que ça tache de la bière?»

Et là tu montes sur scène, avec un sourire mais en essayant de te rappeler d'un autre numéro que tu pourrais faire et...trop tard.
Tu fais ton nouveau texte.
Et dès le premier rire, tu reprends confiance et ça roule.
Le pire moment de ta vie (qui va revenir dans pas si longtemps que ça) est passé. Pis t'es fier.
Mais si le premier rire se laisse désirer...oh! que la panique s'installe.
Mais j'ai pas le goût d'en parler.

Voici donc l'état d'esprit dans lequel je suis présentement.
Le pire moment de toute la vie au grand complet presque sans exagération.

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