Expérimenter un CLE

Je n'aime pas les CLE.
Pour les non-initiés, un CLE, ça veut dire un «centre local d'emploi».
Je ne sais pas pourquoi ils appellent ça de même, parce qu'à voir le monde qui sont là, y'en a pas beaucoup qui travaillent.

Bon, je sais que moi aussi j'y étais (c'est pour ça que je peux en parler) et que ça pourrait sonner weird que je juge le monde qui s'y trouve aussi sévèrement mais l'affaire avec les CLE, c'est que tu peux y aller pour pleins de raisons: pour avoir ton BS ou ton chômage, pour faire semblant de se chercher une job (pour ne pas te faire enlever ton BS ou ton chômage), pour passer le temps, pour essayer de réintégrer le marché du travail, quand tu ne parles ni français ni anglais et que tu veux une job, ect.
(Pour ceux qui me connaissent, vous savez que je ne me classe dans aucune de ces catégories. La raison de ma présence dans un CLE est simple: je participe à un projet Jeune Volontaire et je dois rencontrer une «boss» pour faire un suivi de mon projet, bref!)

Je suis dans la salle d'attente. Qui est pleine. Personne a l'air vraiment content d'être là parce que ça sent la misère, le fond de tonne, la carie, la sueur et le savon bon marché.
Un gardien de sécurité (si on peut appeler ça de même, tout ce qu'il a d'un gardien, c'est l'habit: il a une bédaine, des doigts boudinés et reste assis sur une chaise au lieu de faire la ronde, comme son travail le lui demande) te donne un numéro quand tu entres. Il n'a pas compris que sa job, c'est de «faire la sécurité» et non pas «s'assurer que tout le monde a un numéro».
Quoique, si tout le monde a un numéro, y'a moins de bataille, de coupage dans les lignes, de dépassements, d'accusation de fraude de file d'attente. Je l'ai peut-être mal jugé: il est malin le gardien.

Je m'assois, j'attends mon numéro (29).
Un des problème majeur dans les CLE, c'est que les gens veulent socialiser. (Ça, à la limite, il n'y a rien de mal à ça)
Mais ils ne comprennent pas le non-verbal.
Si je te fixe, je te souris et je tapote le banc à côté de moi pour que tu viennes t'y asseoir: j'ai le goût de jaser.
Si j'ai mes écouteurs en même temps que je lis un livre et que les bancs autour de moi sont occupés par mon manteau, mon sac, mon parapluie, mes pieds, mon foulard et mon café...j'ai pas le goût de jaser.
Étrangement, il y a seulement 2 genres de personne qui viennent me parler: les espagnols qui ne parlent pas français et les monsieurs tatoués qui sont fiers de me dire que ça fait 8 ans qu'ils n'ont pas travailler.

Mon numéro (29). Je vais au guichet, je suis brève avec la madame «J'ai rendez-vous».
Derrière sa vitre pare-balle, elle me regarde et comprend que je ne fitte pas dans la faune habituelle.
Elle me sourit en me pointant un bon spot pour être plus tranquille.

Je suis restée dans la salle 15 minutes en tout.
J'ai vu un gars foutre une raclée à une imprimante, j'ai vu un début de dispute à propos (encore et toujours) de la file d'attente, un monsieur a essayé de fraudé son numéro (32), j'ai vu une vieille dame fixer le vide, j'ai vu un bum voler des pamphlets de je ne sais pas quoi, on a essayé de me vendre de la drogue, de m'inviter à une «date». J'ai entendu la phrase «les estis d'immigrés» 9 fois, j'ai roulé mes yeux 37 fois, j'ai dévisagé 4 personnes, et j'ai souri 2 fois.

Quand je suis partie, le gardien de sécurité m'a dit «Bonne journée, à la prochaine.»
Non, je ne veux pas qu'il y ait de prochaine fois.
La prochaine fois, c'est la «boss» qui va venir chez nous.

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