Le chauffeur de taxi qui lisait les lignes de la main

J'ai pris un taxi.
BEN OUI! Un petit luxe de même. Il était tard. Y'avait pu de métro. J'haïs le bus de nuit (surtout la fin de semaine!). J'étais fatiguée. Bref, j'ai pris un taxi.

Des fois, je jase beaucoup avec les chauffeurs. Tsé, de même, pour que ça passe plus vite. Pis c'est des humains eux autres aussi. Des fois, ils ont le goût de jaser, pas juste d'être l'homme invisible qui te conduit où tu veux.
Des fois, je jase pas pentoute. Juste parce que. Ça me tente pas. Y'en a, des fois de même. J'ai juste le goût de me perdre dans mes pensées ou juste de niaiser sur mon téléphone.

Souvent, les chauffeurs sont bons pour «sizer ton mood». Si tu jases, ils jasent. Si tu jases pas, ils jasent pas. Des fois, ils vont tâter le terrain avec 2-3 questions. Si tu réponds en monosyllabes, ils comprennent le message. Ils ne sont pas stupides, tsé.

Donc, je suis dans mon taxi. Je ne sais pas encore si j'ai le goût de jaser ou non. On verra selon mon chauffeur. Tsé, des fois, toi aussi il faut que tu «sizes le mood» de celui qui te lift.

Celui qui me lift en question est un monsieur d'une cinquantaine d'année, originaire de l'Amérique latine. Carlos. Il ne me l'a pas confirmé, mais il a des traits mayas. Il parle un français pas pire, avec un accent hispanique qui fait que je regrette de ne pas m'être appliqué d'avantage dans mon cours d'espagnol au cégep.

Je pensais avoir la discussion «habituelle» entre client et chauffeur de taxi. Tsé, les questions de routine:
Lui: «Passé une belle soirée?»
Moi: «Oui, oui. Vous venez d'où, ça fait combien de temps que vous êtes ici? Etc.»

Mais non. Carlos était spécial.
Tout de go, il m'apprend qu'il lit les lignes de la main.
Il a appris ça dans son pays avec sa grand-mère et il le fait pour le plaisir.
Il me l'a dit!

«Gabriella, si tu me donnes de l'argent pour lire tes lignes de la main, je refuse!»

Et il me parle d'une cliente (de taxi) à qui il lit régulièrement (chaque fois qu'elle prend son taxi en fait) l'avenir. Il lui a prédit son divorce et la noirceur qui venait avec. Et l'achat d'un piano qui allait lui faire du bien. Parce que c'est une musicienne qui s'est négligée.
Je ne sais pas si c'était vrai, mais c'était intéressant.

À une lumière rouge, il prend ma main, passe son pouce sur ma paume, observe des choses que je ne vois pas. Il m'avoue qu'il a regardé rapidement (tu peux pas lire les lignes de la main et conduire en même temps, c'est dangereux!) mais qu'il a vu des belles choses.

Il m'a même parlé de projets que, tsé, il ne peut vraiment pas être au courant.
Mais il m'a aussi dit des généralités qui s'adressent à 96% de la population (mais qui font tout de même plaisir à entendre).

Quand je suis débarquée, je l'ai payé (pour le trajet en taxi, pas pour le lisage de main, il m'a bien averti!) et il m'a donné son numéro de téléphone en me disant que si j'avais des questions sur l'avenir, besoin de savoir ce qui m'attendait, j'avais juste à l'appeler.


Tsé, je sais pas si Carlos a vraiment un don ou bien si c'est juste un chauffeur de taxi qui s'est créé un personnage pour pimenter ses soirées ou si c'est sa façon de se ramasser des filles ou si c'est juste un illuminé qui dit la même chose à tout le monde…et je ne veux pas le savoir.

Je ne vais pas l'appeler, Carlos.
Mais je vais me souvenir de lui longtemps.
Et je souhaite à tout le monde de l'avoir, au moins une fois.

Fak, la prochaine fois que tu prends un taxi, espère que se soit Carlos ton chauffeur.

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