La fille qui allait accoucher

J’étais tout près de l’hôpital St-Luc. Je m’en allais dans un meeting. J’attends pour traverser  à la lumière. De l’autre côté de la rue, il y a un couple.

Mais pas un couple comme les autres.

D’une main, le gars tient sa blonde par le bras, fermement. 
De l’autre, il roule une valise à roulettes.
Il a un calme olympien. Il regarde sa blonde et la lumière, en alternance.
Dans ce petit geste, ce micro geste, on peut sentir un soupçon d’impatience, une mini-goutte, une étincelle. Mais rapidement, elle disparaît pour laisser place au calme de façade.

La fille ne va pas bien.
Elle halète très fort. Elle essaye de contrôler sa respiration mais n’y arrive pas.
Sans le soutien de son chum, je suis certaine qu’elle se roulerait en boule, là, au coin de St-Denis et René-Lévesque pour crier de douleur.
Sa bédaine est géante. Tendue. On devine même son nombril ressorti à travers son chandail.
Ses jeans sont mouillés au niveau de la fourche.
Elle a crevé ses eaux et est en solide contraction.

Le couple attend que la lumière change.
Si proche de l’hôpital mais si loin en même temps.
Les 7 secondes restantes ont dû leur paraître une éternité.

Je suis de l’autre côté de la rue et je les regarde.
Et je réalise que je souris à pleines dents.
Ils sont tellement beaux. Ils sont tellement vrais. Ils sont tellement humains.
Elle en pleine douleur et lui, qui a sans doute le goût de paniquer, mais qui reste fort pour elle. 
C’était tellement parfait.

J’ai assisté à ce petit moment, sans doute le début d’un des moments les plus important de leur vie, moi, parfaite étrangère.
J’avais le goût de les aider, de les accompagner, de leur dire que tout irait bien.

Et je souriais aussi parce que je sais ce qui les attend.
Je sais que dans quelques heures, ils auront tout oublié.
La douleur, la panique, la lumière interminable.
Tout sera effacé.
Ils seront concentrés sur la nouvelle petite boule de vie au creux de leurs bras.

Je les ai regardé entrer dans l’hôpital.
Je leur ai souhaité bon courage en pensée.
J’ai continué mon chemin en souriant.
Et en ayant hâte de serrer mon fils dans mes bras. 

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